Shirley Xu Interviews Patrick Gaouyat – French Version

Shirley Xu: Vous avez mentionné que vous n’avez pas d’espace à faire de l’art traditionnel. Pensez-vous à vous remettre à faire de l’art traditionnel quand vous aurez l’opportunité ?

Patrick Gaouyat: Oui absolument, il y a un aspect très instinctif dans les arts traditionnels que je ne retrouve pas dans les arts digitaux. Les sensations de la matière, les odeurs, ce sont des choses qui ne se trouvent pas dans un logiciel.

D’un point de vue pratique j’apprécie aussi d’avoir une œuvre visible en permanence, c’est un appel constant à travailler. Avec un ordinateur il est facile de garder les projets en cours dans un dossier au fond de son disque dur, et il est aussi facile de finalement les oublier.

SX: J’ai vu que vous avez passé un peu de temps dans l’armée. Cela a-t-il eu un influence sur vos dessins ?

PG: Alors il faut préciser que pour les gens de ma génération le service militaire était encore obligatoire et durait 10 mois. Je ne me suis pas engagé dans l’armée, j’ai juste fait mon temps au service du pays.

Est ce que cela m’a affecté ? Probablement car cela reste une expérience assez unique, : vous vous retrouvez loin de chez vous, au milieu d’inconnus sans avoir pu choisir cette destination et vous passez les premiers jours à vous faire crier dessus sans trop savoir pourquoi. Si le premier contact a été difficile la suite a été beaucoup plus calme, la routine s’est installée et je me suis finalement retrouvé à faire un travail de bureau.

Ce que je garde de l’armé ce sont surtout des souvenirs de situations et de personnes que l’on ne peut pas trouver ailleurs. Mais je n’ai pas le sentiment d’avoir été transformé par mon passage sous les drapeaux.

SX: Et le changement de la technologie (par exemple, les microscopes, les ordinateurs, etc.) – combien d’influence a-t-il eu sur ton art ?

PG: Beaucoup plus que l’armée c’est une certitude !

J’ai grandi avec les premiers ordinateurs et j’ai pu voir l’évolution des technologies associées. Cependant le plus grand changement est venu d’internet et de la découverte de milliers d’artistes avec Deviantart. C’est surtout à ce moment là que la vision de l’ensemble des outils technologiques comme des outils de création est apparu pour moi.

Il me semble important de faire la différence entre ce qui est du domaine de l’outil et le domaine de la créativité. Beaucoup de gens imaginent que les outils technologiques prennent le pas sur la créativité, mais cette vision est biaisée par le marketing qui sélectionne et formate une grande partie des images qu’ils peuvent voir. Pour moi qui suis un habitué des outils technologiques je ne vois pas de limitation à ma créativité par la machine. C’est par les techniques numériques que j’en suis venu à travailler dans des styles qui sont très différents et je n’imagine plus me limiter à un seul style ou une seule technique.

Avec cette ouverture vient aussi le revers : on est plus facilement tenter d’essayer de nouvelles techniques pour finalement se perdre. Là encore le marketing fait son travail pour faire croire que tout est simple et que les machines ont des boutons magiques pour faire des choses magnifiques. Mais la réalité est tout autre : il faut beaucoup travailler pour maîtriser les techniques digitales, ce au même titre que pour les techniques traditionnelles.

Si le travail est nécessaire avec les arts digitaux ceux-ci ont une grande particularité à ce niveau : une œuvre est toujours modifiable à loisir et il est facile de se perdre dans une œuvre pour ne finalement jamais la terminer. A ce niveau je suis encore en phase d’apprentissage : savoir quand arrêter pour finalement passer à autre chose.

SX: J’adore comment vous démontrez la beauté de l’art à travers l’utilisation de vos microscopes ! Combien d’influence ton art a-t-il eu sur la communauté scientifique?

PG: La communauté scientifique ? Hélas mes contacts avec elle sont assez limité car le travail de mon laboratoire est dédié à l’industrie, nous ne publions pas d’articles dans les revues scientifiques. Donc je dirai que mon influence là dessus est nulle.
Cependant je m’attends à un petit changement à ce niveau car certaines de mes images vont sans doute être diffusées par le fabriquant de notre microscope dans le cadre de communications commerciales.

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